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Drogue : mauvaise répartition géographique des centres de
désintoxication et insuffisance de places
10/05/2011
La drogue: une descente en enfer.
Social
Une étude récemment menée par l'association Skoun prouve que les
centres de désintoxication se concentrent presque exclusivement au
Mont-Liban et à Beyrouth, et que 25 % des toxicomanes n'y sont pas
admis.
Une étude sur la drogue au Liban, menée par Skoun (Centre libanais
des addictions) avec des partenaires, a tout d'abord confirmé la
jeunesse de la plupart des toxicomanes, qui ont entre 18 et 34 ans.
La moitié de ceux qui sont arrêtés sont dans cette tranche d'âge,
alors que l'âge moyen de première consommation est de 16 ans.
Quelque 40 à 60 % des toxicomanes interrogés sont issus de foyers à
faibles revenus, plus de la moitié sont employés. Les trois
substances les plus consommées (et pour lesquelles les toxicomanes
sont arrêtés) sont les opioïdes, le cannabis et la cocaïne.
Ces toxicomanes ne sont pas tous desservis au niveau des centres de
traitement. Des 1 293 personnes qui se sont présentées à des ONG
spécialisées en 2009, 25 % n'ont pas eu accès à des services. Les
principales raisons invoquées sont les suivantes : des services non
adaptés aux besoins du patient, la présence d'autres troubles
mentaux, l'orientation sexuelle et la présence d'infections telles
les hépatites B ou C, ou le sida.
Pour
ce qui est des ONG qui opèrent des centres de traitement, quatre
sont localisées au Mont-Liban, trois à Beyrouth et une à la Békaa.
De tous les hôpitaux qui traitent la toxicomanie, six sont à
Beyrouth et quatre au Mont-Liban. En d'autres termes, l'étude a mis
en relief le manque cruel de toute facilité dans les mohafazats du
Sud, de Nabatiyeh, du Nord et de la Békaa (outre un seul centre).
Les centres eux-mêmes ont une capacité de services limitée et
accueillent majoritairement des hommes, selon le document.
L'étude de Skoun s'attarde sur la question légale liée à la
toxicomanie. Elle a recensé 2 228 personnes arrêtées simplement pour
consommation de drogue sans autre accusation dans leur dossier. Les
données prouvent qu'un grand nombre de toxicomanes ont été
incarcérés en moyenne deux fois dans leur passé, de 49 à 60 jours
chaque fois. Suite à un jugement, quelque 40 % des juges affirment
n'avoir jamais rendu de verdicts obligeant le toxicomane à se faire
admettre dans un centre de traitement, alors que seulement 4 % ont
déclaré le faire.
La principale recommandation des experts et des toxicomanes
interrogés au cours de l'étude est l'application de la loi sur les
stupéfiants qui existe depuis onze ans déjà. Cette loi stipule que
le toxicomane jugé doit avoir le choix entre le traitement et
l'incarcération. Il a été suggéré que le système légal distingue
entre les consommateurs de drogue et les trafiquants, et impose des
mesures plus strictes à l'encontre du trafic. Les recommandations
ont également porté sur l'amendement de cette loi ainsi que la
création d'un système de référence pour toxicomanes concernant les
centres de traitement et le système judiciaire. Il a été jugé
nécessaire d'augmenter le nombre, la capacité et la diversité des
services, ainsi que la collecte de ressources financières
suffisantes pour assurer une meilleure couverture du Liban.
Cette étude de Skoun a enfin dégagé quatre axes pour l'amélioration
de la réaction au problème de drogue au Liban : la promotion d'une
approche médicale de la dépendance à la drogue, la création d'une
base de données qui surveille les tendances, les besoins et les
interventions, l'amélioration de la politique de réformes et de
revendications, et l'appui aux centres existants.
À signaler que l'étude a été menée par Skoun avec l'appui de MedNet-Groupe
Pompidou et plusieurs ONG - AJEM, JCD, SIDC, Nusroto Cénacle du fils
de l'homme, Bonheur du ciel - auprès d'un échantillon représentatif
de consommateurs de drogues et de responsables. Elle a interrogé 394
toxicomanes et 136 experts qui œuvrent notamment dans des hôpitaux,
des ministères et des ONG. Il y a aussi des juges, des officiers de
police et des fonctionnaires de centres du ministère des Affaires
sociales.
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