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L'Orient Le Jour le 25082011
Les festivals internationaux au Liban à l’heure des
grands défis

Bilan
2011 aura-t-elle été une année d’un bon ou mauvais
cru pour les festivals internationaux ? Quels ont
été les écueils, les difficultés, les contraintes
affrontés par les organisateurs de ces événements
festifs qui sont devenus un must de la saison
estivale ?
Un bilan judicieux pourrait éclairer le devenir de
ces festivals l’an prochain.
Problèmes de programmation, de logistique (routes et
dates), de finances : voilà le menu au programme
annuel des festivals. Mais, comme tout miracle
libanais, les responsables parviennent chaque fois à
détourner ces difficultés en usant de maintes
astuces.
Arida : Un contexte difficile
À tout seigneur tout honneur, et c’est le Festival
international de Baalbeck qui dévoile ses cartes et
ses chiffres. Ce festival auquel on a reproché,
cette année, d’une part, l’itinéraire imposé aux
autobus et, de l’autre, son programme révisé à la
baisse. « Pour le circuit, il est nécessaire, même
essentiel, dit May Arida, à la tête de ce festival
depuis plus de cinquante ans, de faire un petit
détour et visiter la ville de Baalbeck. Après tout,
c’est la ville d’accueil. » Acceptant
chaleureusement toute critique et faisant part de
ses craintes, la présidente de ce festival dit avoir
connu des années encore plus difficiles, mais
réussit chaque fois à s’en tirer. Après une
interruption pendant les années de guerre, la dame
aux cheveux d’or a permis à cet événement de
remettre le pied à l’étrier et de revenir en force
sur la scène internationale. Elle dit privilégier la
qualité à la quantité, car les spectacles sont
souvent très prestigieux. Cette année également cinq
manifestations et non des moindres étaient
attendues. « Boris Eifman, ballet de
Saint-Pétersbourg », le « Quatuor de pianos de
Gershwin », Abdel Rahman Bacha et Louis Hayes ont
drainé un grand public de mélomanes. Quant à
l’ouverture du festival, elle était assurée par les
frères Sabbagh qui ont présenté « live » Du temps de
Saladin. « Une gageure, a précisé May Arida, et un
événement qui ne s’est pas réalisé depuis cinquante
ans. Nous avons relevé le défi et assuré le nombre
de six mille personnes pour les trois soirs. »
Quid de l’actif, du passif, des remarques ou
revendications du public toujours plus exigeant.
Arida n’est pas sourde à tout cela. « Je voudrais
toujours assurer les meilleures conditions aux
festivaliers. Je sens que c’est ma mission envers ce
pays que je n’ai jamais quitté. Il m’est arrivé,
dit-elle, de veiller jusqu’au bout de la nuit pour
assurer, chaque fois, le transport à l’aller comme
au retour de ce merveilleux piano cordialement
offert par Berthe Chaghouri. Je ne peux me reposer
avant que la tâche ne soit complètement accomplie. »
Par ailleurs, Baalbeck affronte des difficultés
différentes des autres festivals. Une région jugée
souvent à hauts risques – d’autant que cette année
l’affaire de l’enlèvement des Estoniens n’avait pas
été réglée à l’ouverture du festival –, ce qui a
réduit le nombre des visiteurs. « Mais, s’empresse
d’ajouter May Arida, je compte sur la fidélité des
festivaliers qui ont encore une fois répondu
présent, faisant fi des rumeurs ou des a priori. »
Par contre, un autre problème s’est invité cette
année. Il y a cinq ans, l’État s’est entendu avec
une société italienne, ARS Projecti, sans même
aviser les organisateurs, pour réaliser des
rénovations aux frais du gouvernement italien. Les
travaux devraient commencer en 2012. Le projet
comporte le déplacement du mur autour du temple de
Bacchus, qui laissera la place à un treillis. « Nous
ne pourrons plus utiliser les marches de ce temple
où nous avons présenté bien de spectacles, signale
Arida. Les WC à côté de la scène actuelle seront
également déplacés, ce qui nous a obligés, en 2011,
à dépenser 73 630 dollars pour faire un passage à
l’endroit des coulisses. Cette entreprise nous a
réellement accablés. » « Enfin, conclut May Arida,
si l’État nous a récemment versé la subvention de
2009, nous croulons malgré tout sous les taxes. Je
proposerai donc qu’on nous les abaisse pour avoir
une plus grande marge d’action. »
Joumblatt : Le réel problème est financier
Pour Nora Joumblatt, le problème de financement
devient très épineux et menace l’existence du
festival. En effet, depuis sa création il y a
vingt-cinq ans, Beiteddine s’est hissé au niveau des
grands festivals internationaux et, rétorque
Joumblatt : « Nous pouvons très bien nous
débrouiller si on nous laissait travailler sans nous
imposer de taxes supplémentaires. » « À preuve,
poursuit Hala Chahine, directrice du festival, cette
année, qui ne se présentait pas très bien au départ,
s’est avérée une bonne édition. Nous avons réussi à
enregistrer 29 000 entrées contre 36 000 en 2010 et
28 000 en 2009. »
Le schéma est simple. Selon la loi des trois tiers
appliquée aux festivals, un tiers des revenus est
assuré par les sponsors, un autre par la
billetterie, le troisième constituant la subvention
de l’État. Il n’en est pas de même pour les
festivals européens. Pour Avignon, par exemple,
l’État s’engage à contribuer à hauteur de 60 % du
budget. Pour Nora Joumblatt, il devient inadmissible
de s’endetter chaque année auprès des banques pour
boucler le budget. « Car, indépendamment de la TVA,
il y a la taxe sur l’impôt, celle de la Sacem, ce
que nous versons pour les visas d’entrée des
artistes et la part de la municipalité, souligne
Chahine. On nous promet, en 2012, une taxe
supplémentaire de 2 % destinée à la caisse de
cotisation des artistes. » « Nous sommes en 2011,
renchérit Joumblatt, et l’État n’a encore pas honoré
sa part pour 2009. » La dame du Chouf va même
jusqu’à proposer d’annuler cette subvention et de la
compenser par l’abolition des taxes. Une idée à
creuser ! Elle souligne qu’avec le temps, cet
événement artistique n’a fait que renforcer les
liens entre différentes couches de la population
venues de toutes parts. « De plus, insiste Nora
Joumblatt, nous sommes un secteur très profitable
aux finances de l’État puisque nous faisons
travailler une main-d’œuvre importante sans aucune
contrepartie. » Cette année, par exemple, Beiteddine
avait le choix, en ouverture, entre une grande
production opératique et un programme local. C’est
le local qui a été choisi faute de moyens.
« Certes, il y a d’autres problèmes que nous
affrontons tous les ans, mais ils sont communs à
tous les festivals. Notamment celui des artistes
s’ils ont, par exemple, effectué une tournée en
Israël alors ils sont interdits au Liban. Par
ailleurs, il faut établir des contacts avec les
artistes ou les producteurs un an à l’avance afin de
s’assurer s’ils sont en tournée dans la région pour
inclure le Liban dans leur programme, ou s’il faut
leur demander de bloquer des dates précises pour
nous. » « Mais ces difficultés sont contournables,
reprend Nora Joumblatt. Ce qui est difficile à
résoudre, c’est le problème d’ordre financier et
nous attendons jusqu’à présent d’être entendu par le
ministère du Tourisme afin de trouver une solution à
ce problème. »
Lakkis : Une édition satisfaisante
Le Festival de Byblos, qui monte en flèche d’année
en année, connaît-il les mêmes problèmes ? Latifé
Lakkis, sa présidente, se plaint-elle du même
traitement ? Si elle avoue n’avoir pas encore reçu
la subvention promise par l’État depuis 2009, elle
suppose que c’est la prolifération de petits
festivals sur la scène libanaise qui est la cause de
ce retard. « Nous faisons de notre mieux afin de
couvrir uniquement nos dépenses, car nous sommes
conscients du rôle que nous avons à jouer dans la
région de Jbeil. Un rôle sur le plan culturel et
artistique, mais aussi sur le plan économique. »
Cette année encore, le Festival de Byblos a prouvé
qu’il était un festival jeune, éclectique, invitant
autant des groupes pop et rock comme « Thirty
Seconds to Mars » ou « Scorpions », que des artistes
locaux comme les Rahbani. « Même si le spectacle de
ces derniers a reçu cette fois un accueil mitigé, je
ne connais pas un autre qui ait pu dépasser le
nombre d’entrées (10 000 billets vendus) qu’il a
assuré », dit Naji Baz. Le programmateur de Byblos
se dit, malgré toutes les difficultés, satisfait du
résultat de cette édition. « Malgré le impayés de
l’État, les recettes de la billetterie ont couvert
les deux tiers des dépenses, ce qui est une
chance. » « Et cela, poursuit Latifé Lakkis, en
prenant compte des prix très raisonnables que nous
avons pratiqués pour attirer les jeunes. » Naji Baz
ajoute que « si Jbeil a trouvé cette formule de
spectateurs debout, ce n’est pas uniquement pour
accueillir davantage de festivaliers, mais plutôt
pour casser la rigidité des premiers rangs. Nous
privilégions l’artiste, souligne-t-il en riant.
Celui-ci a besoin de voir un public chaleureux et
vivant devant lui. »
Grâce à cette politique jeune et dynamique, Byblos a
vendu en 2011 plus de cinquante mille billets, ce
qui le hisse au top 10 des festivals européens.
« Reste à résoudre, pour l’an prochain, ajoute Baz,
le problème des dates qui sera très épineux. En
effet, avec la Coupe d’Europe de football qui se
déroulera de juin à juillet, la date du ramadan qui
sera avancée, il nous restera à nous tous
d’envisager une programmation n’excédant pas 17
jours. En étroite collaboration avec les autres
festivals, gageons que nous trouverons un moyen, une
fois de plus, pour nous en sortir. »
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