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Billet
Gaby Nasr
Marinade de brut
11/03/2011
Qui n'a jamais lu le compte rendu d'une réunion entre
Michael Williams, le coordinateur spécial de l'ONU, et
Ali Chami, notre ministre des Affaires qui lui sont
totalement étrangères, serait passé à côté d'un
savoureux morceau d'anthologie.
D'un côté, un diplomate chevronné, rigoureusement
cartésien, qui a aiguisé son mental et élimé son futal
au gré des missions qui lui ont été confiées ; de
l'autre, un bas de caisse partisan, tendance Istiz
Nabeuh, mais dont la tendance lutte avec le portefeuille
ministériel et gagne.
Invariablement, à chaque fois que les deux hommes se
retrouvent pour un brin de causette, c'est le gag devant
les journalistes : Mister Ali annonce qu'il veut
siphonner sur-le-champ le pétrole maritime virtuel en
Méditerranée et, si possible, engloutir le gaz qui va
avec, pendant que le diplomate au col amidonné l'envoie
sur les roses en lui conseillant de négocier d'abord
avec les Israéliens une délimitation des frontières
exploitables. Bref, le dialogue du sourd-muet
unijambiste et de l'aveugle cul-de-jatte.
Autant notre ministre au nom prédestiné répugne à tracer
les frontières terrestres avec la Syrie, autant il est
pressé de le faire en mer avec les voisins du Sud.
Seulement voilà, il y a comme un petit testicule dans le
consommé : avec les Hébreux, il ne veut pas négocier,
mais il veut pomper le jus noir ; avec les frérots, il
peut négocier, mais il va leur pomper l'air.
Ce qui fait que ce n'est pas demain la veille qu'on
pourra biberonner les octanes de ce brut qui excite
l'appétit des brutes. Une castagne qui tombe dans
l'escarcelle du Basileus, le ministre sortant de
l'Énergie, ce qui lui a donné l'occasion de jouer les
utilités en se rendant aux arguments de sa collègue des
Finances pour abaisser de 5 000 LL le prix de l'essence.
Il lui devait bien ça, au rythme où l'EDL engloutit le
fuel pour fournir le jus gratos aux alliés barbus de son
beau-père...
Mais placé sous respiration artificielle, le
gouvernement démissionnaire, plutôt que de se pencher
sur des questions aussi terre à terre, est
vraisemblablement trop occupé à faire du vent en nous
servant son analyse fine sur les jacqueries d'Égypte et
de Tunisie, la boucherie de Libye, la sauterie du Yémen
ou encore le verbiage autiste des Occidentaux. L'appel
du large, encore et toujours ! Faut croire que question
carburants, les neurones de l'exécutif carburent eux
aussi à tarif réduit.
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