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Culture
Un chez-soi au parfum de nostalgie
Par Colette KHALAF | 13/05/2010

Dans le cadre du Beyt, des membres de la famille qui se déchirent.
(Michel Sayegh)
« Ekher beyt bil Gemmayzé », la pièce de Betty Taoutel Sfeir, au
Monnot jusqu'au 23 mai.
« Home sweet home. » Jamais adage ne fut plus expressif et plus
significatif. Cette douce maison dont parle Betty Taoutel dans cette
tragi-comédie écrite et réalisée par elle n'est pas composée
seulement d'une toiture, de murs et de meubles, mais elle est une
histoire, des histoires ; un vécu, des vécus. Et soudain, cette
bâtisse qui abrite les souvenirs, tant les peines que les joies va
être vendue et toute la mémoire familiale avec. Si ce n'est pas le
plancher qui s'effondre sous vos pieds, alors qu'est-ce donc ?
C'est à partir de ce constat dramatique, la vente de la maison, que
la famille Bou Karaz, composée de la grand-mère (Josette Aftimos) et
de ses trois enfants, William (Wadih Aftimos), Micheline (Hilda Abla)
et Claudine (Josyane Boulos), ainsi que de trois petits-enfants,
Sarah (Jessy Khalil), Serena (Karen Nohra) et Souraya (Myriam Watfa),
va se déchirer, déballer ses souvenirs, mais aussi ses aigreurs et
son acrimonie. Car la famille n'est pas toujours un long fleuve
tranquille.
Rires et larmes
Et comme dans toute famille traditionnelle libanaise il y a la
nounou, Rosine Saad, portant la casquette de cuisinière, qui connaît
les petits secrets du noyau familial, ainsi que la soubrette (Lama
Marashly), personnage qui n'est pas sans évoquer les caractères des
pièces de Molière. Grande gueule, un peu naïve, mais tellement
affectueuse, puisqu'elle finit par se confondre avec les murs de la
maison, celle-ci représente le pivot sur lequel s'articulent
certaines scènes de la pièce.
Tout est amovible dans ce spectacle de Betty Taoutel ; tout est
interchangeable. Autant le décor que les émotions, ces larmes qui
font place au rire. Dans ce puzzle familial, où l'on retrouve
également des repères de la rue, comme le policier surnommé à loisir
« chawich » ou « watan » et interprété par Jihad Khoury, ou un
fiancé malhonnête Abdo Chahine, les scènes s'entremêlent, le passé
rejoint en toute fluidité le présent et le futur pointe
narquoisement le bout du nez.
Inspirée de La Cerisaie de Tchekhov, mais surtout d'un tas de
réalités libanaises, Ekher beyt bil Gemmayzé a un tempo rapide,
soutenu par des flash-back ou « flashesforward » en forme de
projection vidéo. Avec son ton bien enlevé, une mise en scène
soucieuse du moindre détail et ce collectif de bonnes
interprétations, ce « beyt » amuse, émeut, touche par son réalisme,
ses images à certains instants excessives (le Libanais ne l'est-il
pas ?).
Allez voir ce Beyt. C'est comme si on rentrait chez-soi. Vous vous y
retrouverez.
* Tous les mercredis, jeudis, vendredis, samedis et dimanches à
20h30.
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