|
« L’Orient Le Jour » : Mardi 25 Mai 2010
La musique sacrée des maronites à l’honneur à l’Unesco
Par Carole DAGHER

Sylvie Fadlallah entourée des RRPP Fouad Zouein et Badih el-Hajj.
Correspondance
C'est à un passionné
de musique sacrée, le père Louis Hage,
de l'Ordre libanais maronite (OLM), qu'un hommage a été rendu à la
maison de l'Unesco à Paris, à l'invitation de Sylvie Fadlallah,
déléguée permanente du Liban auprès de cette instance.
La cérémonie s'est déroulée en présence des ambassadeurs de Syrie,
d'Irak, de Pologne, de l'observateur du Saint-Siège auprès de
l'Unesco, Mgr Francesco Follo, de Mgr Brossolette, vicaire général
de l'Ordinariat pour les catholiques de rite oriental en France, des
religieuses de Saint-François Xavier et des membres de la communauté
libanaise à Paris. Celui qui fut recteur de
l'USEK,
fondateur de l'institut de musicologie de l'UNSEK et directeur de sa
chorale, était le grand absent de cette cérémonie organisée en son
honneur par l'Association d'entraide franco-libanaise, présidée par
le père Fouad Zouein (OLM), supérieur de la Maison Saint-Charbel à
Suresnes. Retenu au Liban pour des raisons de santé, le père Louis
Hage a mandaté le père Badih el-Hajj, docteur en musicologie de la
Sorbonne comme lui et directeur de l'hôpital de Beit-Chabab, afin de
prononcer en son nom l'allocution préparée pour l'occasion.
Tour à tour, l'ambassadrice Fadlallah, le père Fouad Zouein et Mme
Claude Achkar, auteur d'une biographie du père Louis Hage, devaient
prendre la parole pour honorer le travail accompli par le grand
musicologue. Avec la passion qui caractérise les novateurs et les
réformateurs, le père Hage a renouvelé et restructuré le chant
maronite traditionnel et le patrimoine musical syriaque antiochien.
Comme l'a souligné Mme Fadlallah, « il est parti de la tradition
ancestrale maronite, une des plus anciennes traditions musicales au
monde, et l'a structurée pour en faire une discipline à part
entière ». « On n'écrira plus l'histoire du chant maronite sans
passer par le père Louis Hage », devait affirmer pour sa part le
père Zouein.
La projection d'un film a suivi. Réalisé par Claude Achkar et
retraçant la vie et l'œuvre du père Hage, à la fois poète et
musicologue (25 ouvrages et plus de 40 CD), grand prix de l'Académie
française pour le rayonnement de la langue française, il devait
rendre plus familière au public la figure de cet homme inspiré. Et,
pour mieux identifier son œuvre musicale, le musicien Imad Morcos a
fait vibrer la salle aux accents du qanun, sur des notes de chants
maronites.
Prenant ensuite la parole au nom du principal concerné, le père
Badih el-Hajj a présenté un brillant exposé sur le chant maronite
traditionnel, illustré par des séquences musicales où l'on
reconnaissait les principales pièces du répertoire spirituel
syriaque maronite. On peut repérer cinq groupes bien distincts du
chant maronite : le chant syro-maronite, le chant syro-maronite
arabe, les mélodies improvisées, les mélodies étrangères et les
mélodies personnelles. Soulignant que « le groupe syro-maronite est
le chant maronite par excellence et remonte dans sa majorité au 1er
siècle du christianisme », le père Louis Hage précise que ce chant
se transmet oralement. « La transmission orale du chant
syro-maronite ne se fait pas de maître à élèves, d'après des
méthodes pédagogiques, mais d'emblée au milieu de l'assemblée
liturgique qui chante. C'est en se mettant à chanter avec
l'assemblée que progressivement on apprend ce chant », ajoute-t-il.
Chant « archaïque », syllabique et monodique, d'une pureté et d'une
beauté austères et quasi mystiques, le chant syro-maronite ne relève
ni de la musique occidentale ni de la musique arabe, il leur est
antérieur.
La mondialisation contribuera-t-elle à l'extinction de ce patrimoine
millénaire exceptionnel ou bien permettra-t-elle sa préservation et
sa diffusion par les moyens modernes ? La question, posée en
conclusion de la conférence, sonne comme un cri d'alarme et
interpelle les consciences.
p.7
|