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Une Étoile cinq étoiles
09/04/2011
On ne sait à quoi ressemblent exactement ces ailes du
Parlement qui viennent tout juste d'être rénovées, et
sur l'élégance desquelles s'extasiait l'autre jour le
président de l'Assemblée, Nabih Berry, faisant faire aux
photographes de presse le tour du propriétaire sur ces
mêmes terres où il règne en maître depuis deux
décennies. Vous vous fichez sans doute de savoir si les
nouveaux bancs combleront ou non, de leur moëlleux, les
augustes arrière-trains de nos élus. Et au point où l'on
en est dans cette république de toutes les combines,
vous vous contrefichez même de savoir ce qu'il en aura
coûté au contribuable - faux frais compris - pour mener
à terme un chantier qui requérait une telle urgence.
Là où l'affaire tourne au surréel et à l'absurde
cependant, c'est que rien, absolument rien n'est fait
pour rénover, pour réhabiliter un tant soit peu, en
termes de conformité démocratique, ce machin qui, dans
le Liban d'aujourd'hui, tient lieu de Parlement. À
commencer ( à tout seigneur tout honneur), par cette
présidence Berry qui dure et perdure depuis une
vingtaine d'années, faute de candidats chiites osant
braver l'OPA milicienne lancée sur cette haute charge.
On ne sait trop si ces deux décennies passées au sommet
de l'Étoile constituent un record mondial de longévité.
Ce qui est sûr en revanche, c'est que le leader du parti
Amal est le seul président d'Assemblée à avoir
cadenassé, des mois durant, les portes de son domaine,
sous prétexte que le gouvernement de l'époque était
frappé d'illégalité ; or en admettant même qu'il fut
fondé, un tel argument ne rendait que plus impératif, au
contraire, un surcroît de vitalité de ce Parlement, par
définition souverain.
Plus grave que cette fossilisation de la présidence est
le total dysfonctionnement d'une institution dont la
vocation première est de censurer l'action
gouvernementale et de légiférer. De la première de ces
tâches, l'Assemblée ne s'est guère acquittée, et cela en
dépit de l'énorme et inconcevable avantage qu'elle
possède : par une des aberrations les plus frappantes de
l'accord de Taëf qui servit de cadre à la Constitution,
l'exécutif a pratiquement perdu le pouvoir de dissoudre
le Parlement, lequel demeure en mesure, lui, de faire
chuter le gouvernement.
En l'espace de 18 ans, la Chambre n'aura procédé ainsi
qu'à sept malheureux débats de politique générale, à 16
interpellations. Seules 86 séances plénières auront eu
lieu durant la même période s'étalant entre 1992 et
2002. Et pour compléter le tableau, plus de 300 projets
et propositions de loi sommeillent en commissions. De
nombreuses autres et atterrantes statistiques peuvent
être puisées, sur son site Internet, dans une étude
exhaustive du parlementaire Ghassan Moukheiber,qui, hors
de toute considération politique ou partisane, passe au
crible l'(in)action de ce Parlement qu'il n'hésite pas à
qualifier de fainéant.
On ne saurait en dire autant des députés, bien
évidemment, d'abord parce qu'il en est heureusement de
fort estimables, qui font de leur mieux pour rendre à
l'Assemblée sa dignité première. Quant aux autres, ce
n'est pas précisément leur fainéantise qu'on pourrait
leur reprocher mais plutôt leur inculture politique,
doublée d'une fâcheuse perte de mémoire. Car ils ne
manquent pas de se faire voir et entendre dans les
interminables talk-shows télévisés hélas, plutôt qu'à la
tribune de l'Assemblée.
À quand un bon coup de balai plutôt que tous ces
tapageurs lambris, place de l'Étoile ?
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
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