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L’engrenage...
28/03/2011
L’orient le Jour
Nagib Aoun
Après la Tunisie et l'Égypte, après le Yémen et la
Libye, plus aucun régime arabe n'est l'abri de la
bourrasque, des plus totalitaires à ceux dirigés par les
« bons pères du peuple », ceux qui sont les plus
pervers, qui ont le plus de sang sur les mains.
Corruption au sommet, enrichissement illicite,
répression des libertés, état d'urgence générateur des
pires abus : le décor planté depuis des décennies se
lézarde aujourd'hui sous les coups répétés de
populations révoltées, parce que trop longtemps
réprimées, maintenues dans un état de sujétion.
Les choses vont vite et ce qui semblait hier impossible
paraît maintenant évident, ce qui était considéré comme
une vue de l'esprit se révèle d'une logique imparable.
Une évolution que les moyens de communication,
d'Internet à la téléphonie mobile, rendent impossible à
bloquer, une révolte que les contestataires, jeunes et
moins jeunes, entendent mener à son terme.
Aujourd'hui, ce sont les Syriens qui sont contaminés par
le « virus de la liberté », qui sont entraînés dans une
spirale enivrante, ce sont les Syriens qui réussissent,
à leur tour, à transcender la peur, qui osent même
s'attaquer à des symboles intouchables jusqu'à présent,
déboulonnant une statue de Hafez el-Assad, lacérant des
portraits géants de Bachar.
Une révolte qui fait redécouvrir le droit élémentaire à
la dignité, à la liberté d'expression, mais qui réveille
en même temps les démons du communautarisme, de la
discorde tant redoutée entre alaouites et sunnites,
entre une minorité au pouvoir et une majorité trop
longtemps confinée à un rôle subalterne.
Pour le régime baassiste, le dilemme est déchirant :
soit il continue de recourir à la répression, à
qualifier de « complot » les revendications des
manifestants, et c'est alors l'instabilité garantie, la
descente aux enfers assurée, soit il s'engage de
plain-pied dans les réformes, dans l'ouverture
démocratique, et c'est là un pari risqué, presque
suicidaire, puisqu'il ne peut signifier, à terme, que
des changements politiques drastiques, la fin du
monopole du parti unique, l'abolition des pratiques
sécuritaires qui assuraient la pérennité du pouvoir.
Situation inédite qui se traduit par des hésitations,
des déclarations contradictoires, les dirigeants syriens
parlant tantôt de « demandes légitimes » des
contestataires, d'une corruption qu'il est nécessaire
d'éradiquer, tantôt d'une « cinquième colonne »,
d'éléments étrangers qui créent des problèmes « là où il
n'y en a pas »...
Situation inédite aussi pour le Liban qui se retrouve au
premier rang d'un théâtre où se joue une pièce intitulée
« l'arroseur arrosé ». Une situation annonciatrice de
beaucoup de surprises et de coups de théâtre, mais aussi
de vestes retournées et de compromissions renouvelées.
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