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« L’Orient Le Jour » : Vendredi 9 Avril 2010
Entre Beyrouth et Paris, l’histoire d’une maison jaune
Par Colette KHALAF


L’écrivain Jacques Jouet et l’illustratrice Zeina Abirached: une
œuvre littéraires à quatre mains. (Michel Sayegh)
Événement
Jacques Jouet et Zeina Abirached ont mis enfin un point
final à leur performance d'écriture en direct baptisée « Paris-Beyrouth
en toutes lettres ». Un ouvrage
illustré qui aura duré trois journées à la Médiathèque du CCF et une
soirée au Falamanki.
C'est au café el-Falamanki, au pied de la Maison jaune, qui
deviendra en 2013 le Musée de l'histoire de la ville, sous un ciel
timide qui hésitait entre la pluie et le beau temps, que se sont
installés l'écrivain français Jacques Jouet et l'illustratrice
libanaise Zeina Abirached pour la seconde journée afin de réaliser
en direct les épisodes illustrés de leur roman.
Cet événement littéraire, qui a eu lieu avec le soutien de
l'ambassade de France, s'inscrivait dans une opération plus large,
aux multiples objectifs: participer, d'une part, à la clôture - en
beauté et en toutes «lettres» - des manifestations de «Beyrouth,
apitale mondiale du livre»
et, de l'autre, donner le coup d'envoi au réaménagement de cette
Maison jaune, sujet central du livre.
C'est donc en présence des représentants respectifs des villes de
Paris et de Beyrouth, Bertrand Delanoë et Abdel Mounem Ariss, que se
sont faites la présentation publique de réaménagement ainsi que la
retransmission sur grand écran de l'écriture de la Maison jaune.
«J'ai l'impression de revenir à la maison, a déclaré Bertrand
Delanoë. Beyrouth n'est pas seulement la capitale mondiale du livre,
mais aussi une de nos capitales du cœur, car les Libanais ont une
certaine relation particulière et touchante à la vie. Ce sont des
artistes de la vie et je suis ravi de partager ce moment important
de la culture avec le peuple libanais.» «Ce projet littéraire,
a-t-il ajouté, qui avait eu lieu à Paris avec Jacques Jouet l'an
dernier, est réalisé une fois encore en compagnie de la jeune
bédéiste libanaise Zeina Abirached, une manière de tendre une
passerelle entre nos deux pays qui ont en commun le goût de la paix,
de la liberté, de l'échange et de la générosité.»
Un trait d'union que réalise également Agatha de Wintheuil, devenue
à l'occasion Agathe de Beyrouth, vice-présidente du gouvernement du
Monde-mondes et caractère principal de l'œuvre de Jouet. En
débarquant à Beyrouth, elle ne sait pas que ses aventures vont
commencer au perron de cette Maison jaune. L'écrivain avoue être
ravi de collaborer avec l'illustratrice libanaise, actuellement
installée à Paris. «Son univers m'intéresse. C'est d'ailleurs là-bas
que j'ai été faire mon propre marché, ajoute-t-il en rigolant, en
lui empruntant ses personnages.»
Une écriture certes en direct, mais une collaboration qui a débuté
en décembre dernier lorsque Jacques Jouet, écrivain membre de l'Oulipo,
arrive au Liban pour un court séjour. «C'est cette balade qui a
nourri notre inspiration. Durant ces quelques jours, nous arpentions
les rues de Beyrouth en évoquant l'histoire de ma ville natale, ses
effluves et arômes ainsi que sa culture culinaire. Aujourd'hui, je
suis amusée de voir que tout cela a ressurgi dans les textes de
Jouet.»
Une écriture et des illustrations en direct, n'est-ce pas un
exercice difficile qui suppose un certain trac? Si pour Zeina
Abirached, la rigueur et la rapidité de Jouet lui ont imposé une
discipline nouvelle - «Je n'ai jamais dessiné à ce rythme là,
signale-t-elle, d'ailleurs j'attends toujours un élément accrocheur
du texte pour me lancer.» - l'écrivain, quant à lui, qui considère
que ce n'est nullement un exercice, mais une œuvre à part entière,
trouve que «si le défi est à la fois ludique et angoissant, on
apprend quand même à surmonter la peur de la page blanche».
En textes, mais aussi en noir et blanc, avec des incursions de
couleurs, les aventures d'Agathe la terrienne sont terminées. La
promenade littéraire illustrée de Jouet et d'Abirached, mi-sérieuse,
mi-ludique (car pour moi il n'y a pas de frontières entre la comédie
et la tragédie, dit l'auteur oulipien), prend également fin. Il ne
restera qu'à publier ce roman. Présentée et retransmise sur grand
écran au public qui a assisté à la naissance d'une œuvre, l'histoire
trouvera un éditeur et sera cette fois sur papier.
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