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« L’Orient Le Jour » :mardi 4 Mai 2010
Les 175 ans de l’École des Trois Docteurs
Par Patricia KHODER

Mme Nayla Daoun, proviseure de l’École des Trois Docteurs.
Célébration
L'École des Trois Docteurs fête cette année son 175e anniversaire.
Cette institution grecque-orthodoxe de Beyrouth est l'une des plus
anciennes de la capitale.
À Achrafieh,
au début de la rue Michel Bustros ou, plus communément, la montée
Accaoui, une porte en fer à droite donne sur un vieux bâtiment,
l'École des Trois Docteurs (ÉTD) relevant de l'archevêché
grec-orthodoxe de Beyrouth. L'endroit est calme et tranquille, et le
bâtiment date du XIXe siècle.
La proviseure Nayla Daoun vous accueille cordialement, parle de
l'histoire de l'ÉTD, des programmes de l'école et d'une pièce de
théâtre intitulée Ktab Zghir (petit bouquin), qui a été écrite et
jouée spécialement pour marquer l'événement « Beyrouth
capitale mondiale du livre »
ainsi que le 175e anniversaire de l'École des Trois Docteurs.

( prop photo ahalina 2007)
Fondée en 1835, l'ÉTD voit ses origines dans un bâtiment à côté de
la cathédrale Saint-Georges, dans le centre-ville de Beyrouth. À
cette époque, on la surnommait « la grande école », car elle
représentait alors la plus grande institution éducative de la
capitale. L'année de sa fondation, elle comptait 82 élèves. On y
enseignait, en plus de l'arabe, les langues vivantes de l'époque :
le grec, le turc, l'anglais et le français.
L'École des Trois Docteurs doit son nom aux trois saints patrons des
éducateurs : Jean Chrysostome, Basile le Grand et Grégoire le
Théologien.
Les événements de 1840-1860 obligent l'école à se relocaliser pour
une courte période à Souk el-Gharb puis à la rue Gouraud.
C'est en 1911 que se décide l'emplacement actuel de l'école au
carrefour de la rue Gouraud et de la rue Michel Bustros. Auparavant,
les lieux abritaient l'hôpital Saint-Georges des grecs-orthodoxes,
qui a déménagé un peu plus loin, dans le secteur qui, à la longue,
avait fini par prendre son nom. Le bâtiment qui abrite actuellement
l'école avait été construit en 1860 et l'institution hospitalière
était alors connue sous le nom d' « hôpital moscovite », en raison
des dons russes qui avaient aidé à son édification. Il était formé
de six pièces alignées, d'une allée et d'un jardin.
Pour la deuxième fois de son histoire, en 1975, l'ÉTD subissait
l'influence de la guerre. Ainsi, avec le début des événements, ses
locaux se sont transformés en caserne militaire, et ce jusqu'en
1992. L'école déménage alors un peu plus loin, dans un bâtiment en
face de l'église Mar Mitr à Achrafieh. Puis, en 1998, sous les
directives du métropolite de Beyrouth, Élias Audi, les locaux sont
restaurés selon les normes de l'art respectant le cachet historique
du lieu.
L'école est constituée d'un immense bâtiment rectangulaire construit
sur un seul étage donnant sur un patio. Les salles de classe sont
claires, vastes et paisibles. Les espaces communs, notamment la
salle d'informatique, la salle de projection et le laboratoire, sont
dotés d'un matériel ultramoderne.

( prop photo ahalina 2007)
Groupement d'écoles
L'institution compte actuellement environ 120 élèves, souligne Nayla
Daoun. Dans les classes maternelles, primaires et complémentaires,
il y a entre 10 à 15 élèves par classe. « C'est pour la première
fois cette année, après la restauration du bâtiment en 1998, que
nous avons une classe de terminale. Ils sont sept élèves. Ils ont
tous réussi l'année dernière au test d'aptitude permettant l'entrée
à l'Université Saint-Joseph
et nous espérons avoir d'aussi bons résultats lors des épreuves
officielles », souligne-t-elle.
Elle explique que l'école, qui compte un nombre restreint d'élèves,
fait partie du groupe des écoles chrétiennes orthodoxes affiliées à
l'archevêché grec-orthodoxe de Beyrouth. Ces institutions sont
l'École des Trois Docteurs, le Collège orthodoxe Sainte-Marie,
construit à la fin du XIXe siècle à côté de l'église de la Dormition
de la Sainte-Vierge, à Ras Beyrouth, et l'École de l'Annonciation,
située à côté de l'hôpital Saint-Georges à Achrafieh.
La proviseure de l'École des Trois Docteurs, qui est également
directrice des départements d'évaluation et de la gestion du
matériel pour le groupement des trois institutions, souligne que
dans ces écoles, « la logistique, la planification et l'évaluation
pivotent autour d'un axe central qui est l'unicité et l'originalité
de l'apprenant. L'éducation doit être explorée d'un angle holistique
où l'âme, l'esprit et le corps bénéficient tous des niveaux
différents d'information qui leur sont transmis. Prenant en
considération les dimensions spirituelle, culturelle, morale et
sociale dans lesquelles vivent les jeunes d'aujourd'hui, nos écoles
optent pour des méthodes conçues pour donner à l'apprenant une
personnalité équilibrée qui évolue d'une façon saine »,
ajoute-t-elle.
En réponse à une question, Nayla Daoun souligne que le groupe des
trois écoles possède un département « d'éducation spéciale » qui
aide à la découverte précoce des difficultés d'apprentissage,
permettant ainsi à ceux qui en souffrent d'optimiser leurs
performances avec l'intervention d'éducateurs spécialisés qui
travaillent de près avec les enseignants et les parents.
Parmi les programmes proposés aux élèves, outre le cursus officiel,
la proviseure évoque notamment l'orientation matinale, expliquant
que pour un début calme et serein, chaque jour commence par une
période de 15 minutes durant laquelle les élèves discutent avec leur
enseignant titulaire de classe de sujets variés dans le cadre d'un
thème annuel. Cette année, le thème sélectionné est « Drumbeat of
Life » (qui peut être traduit par la vie qui bat comme un tambour).
Il y a aussi les campagnes de sensibilisation visant à éveiller la
communauté de l'école à des questions d'ordres social, moral ou
éthique, d'environnement, d'hygiène ou de comportement. Les élèves
sont directement impliqués dans la préparation et l'exécution de ces
campagnes durant lesquelles ils apprennent à faire la différence
entre comportements positifs et négatifs.
Parmi les programmes proposés, il y a aussi celui de l'intendance
des jeunes qui se fait à travers un travail de bénévolat au sein de
la communauté. Les élèves du secondaire développent ainsi leur sens
du civisme et de la citoyenneté. En trois ans de cycle secondaire,
chaque élève devrait remplir 150 heures de bénévolat, soit dans des
institutions sociales ou humanitaires, soit à travers des
institutions publiques ou non gouvernementales.
Pour marquer donc les 175 ans de l'École des Trois Docteurs ainsi
que l'événement « Beyrouth capitale mondiale du livre »,
une pièce de théâtre intitulée Ktab Zghir, écrite par Claudia
Marchalian,
a vu le jour. Sous sa direction, les élèves ont pu, durant trois
jours, du 18 au 20 avril au Forum de Beyrouth, jouer et chanter des
airs écrits par Élie Choueiri, Abdo Mounzer et Gabriel Abdelnour.
Les élèves des trois écoles orthodoxes de Beyrouth ont été impliqués
dans tout ce processus créatif. Ainsi, leur chorale a chanté, le
groupe de technologie s'est occupé des questions techniques, le
groupe des arts plastiques s'est chargé de la décoration, et le
groupe de danse de la chorégraphie.
Il convient enfin de signaler que l'École des Trois Docteurs a eu
depuis sa création d'illustres élèves, notamment Gebran Tuéni, père
de Ghassan Tuéni. Comme les archives ont été perdues durant la
guerre, on ne sait pas si certaines personnes ont été admises comme
élèves ou sont passées comme enseignants à l'école, notamment le
patriarche Ignace Hazim, Nehmé Jafet, qui a donné son nom
à la bibliothèque de l'AUB,
Andraos Moaykel, spécialiste des chants byzantins, et Mgr Théodosius
Abou Rjeilé, patriarche d'Antioche.

un ancien élève originaire de Mtein Visitant sa première école
2007( prop photo ahalina)
p.5
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