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Liban

L'Orient le Jour 14092010

Mtein en berne : une carrière de sable menace de dévaster son paysage

Par May MAKAREM | 14/09/2010

 


En état de dégradation avancée, ce palais a besoin d’être consolidé et restauré.

Patrimoine Mtein, dans le haut Metn, réputé pour son magnifique paysage, abrite les palais Abillama. Classé site historique en 1958, le village a célébré en juillet dernier la fin de la restauration de la grande place, « Midane al-Oumara», datant du XVIIe siècle, et l'inauguration du nouveau siège du conseil municipal qui s'est installé dans le palais de l'émir Mahmoud.

Depuis deux semaines, l'ambiance festive a tourné à l'aigre à Mtein: la localité qui abrite un trésor architectural est aujourd'hui la proie d'un exploiteur de carrière de sable, «armé» d'un permis de cinq ans délivré par le mohafez du Mont-Liban. L'opération est en passe de dévaster, une fois de plus, une nature vierge jusque-là épargnée par la main de l'homme.
Situé à 36 kilomètres au nord-est de Beyrouth et à 900 mètres d'altitude, le village de Mtein, à qui l'on prête «des origines remontant à l'époque romaine en raison de la découverte d'une nécropole rupestre datant de cette période», se distingue par une place centrale de 4000 mètres carrés, «Midane al-Oumara», autour de laquelle se dresse quatre magnifiques palais datant des XVIIe et XVIIIe siècles, inscrits sur la liste des monuments historiques. Le village, où s'est installé en 1616 le mokadam Alameddine ben Billama, est devenu en 1711, après la bataille de Aïn Dara, le siège de l'émir Mourad. Ayant soutenu l'émir Haïdar Chéhab, les Abillama ont reçu en signe de gratitude le titre d'émir. Après l'abolition du régime féodal, en 1860, ils ont vendu leurs palais aux habitants du village, faute de pouvoir les entretenir. L'une de ces somptueuses demeures, le palais de l'émir Mahmoud qui à l'instar de tout le village a souffert de la guerre civile, des bombardements israéliens en 1982 et de longues années d'abandon, a été acquise par l'homme d'affaires Roger Sarrouf, qui l'a achetée à Antoine Bou Nader, émigré au Canada, avant d'en confier la restauration à l'architecte Simone Kosrmelli et de l'offrir au conseil municipal. Entre-temps, l'USaid avait financé la réhabilitation de la place publique (trottoirs et infrastructures) où se déroulaient toutes les festivités symbolisant le pouvoir féodal, sous le règne des émirs.


Selon le président de la municipalité de Mtein, Zuhair Bou Nader, les autres palais de la place du village sont dans un état critique étant donné que leurs propriétaires n'ont pas les moyens de mener des opérations coûteuses. «Il nous faut donc solliciter des fonds pour consolider leur structure ou entreprendre au moins le ravalement de leurs façades», a-t-il dit. Mais aujourd'hui, le président de la municipalité est surtout occupé à résoudre le problème d'une carrière de sable appartenant à Gabriel Murr, qui se situe sur le bien-fonds 4093. «Or, ce lotissement est au centre d'un procès que nous avons intenté contre la municipalité de Btéghrine, qui s'est attribuée sept millions de mètres carrés des biens domaniaux de Mtein. Par conséquent, je ne comprends pas comment on peut donner un permis d'exploitation pour un terrain en litige», a indiqué Bou Nader, ajoutant que la carrière va provoquer des dégâts écologiques et sanitaires d'autant qu'il en découle plusieurs sources qui alimentent le village en eau potable et qu'elle se trouve à une centaine de mètres de certaines habitations et des terrains agricoles. «Qu'est-ce qui devrait primer, l'intérêt public ou l'intérêt privé?», s'est-il demandé, avant de faire observer que l'autorisation d'exploiter la sablière pendant cinq ans porte la signature du mohafez du Mont-Liban, Antoine Sleiman, et qu'« en trois jours, 4800 mètres cubes de sable ont été extraits. Alors imaginez les dommages causés à l'environnement si elle resterait fonctionnelle!» Le président de la municipalité a fait appel au ministre de l'Environnement, Mohammad Rahhal, qui a promis de prendre des mesures pour fermer le site.
Accessible par la route Baabdate-Bois de Boulogne-Mrouj, le village compte cinq à six mille habitants en été, dont 75% de chrétiens et 25% de druzes. Il est doté de sept églises dont la plus ancienne, Saint-Georges des maronites, remonte au XVIIe siècle. Outre les palais des émirs, il offre des modèles d'architecture dignes d'intérêt, comme la maison carrée ou rectangulaire à double niveau, avec toiture en tuiles; les demeures traditionnelles appartenant à diverses époques, les unes avec galerie, d'autres avec des patios; quelques habitations appelées «el-Madd» dont les structures mitoyennes ont constitué autrefois des ruelles entières qui, à leur tour, ont formé un tissu de quartiers (harat). «Malheureusement, la zone étant devenue trop étroite, les habitants se sont trouvés dans l'obligation de construire en hauteur», indique Bou Nader...
Plus rare, la maison monocellulaire, bâtie en pierre sèche ou en pierre locale et caractéristique du monde rural jusqu'au XIXe siècle, se fond naturellement dans le paysage et se distingue mal des terrasses agricoles. Par ailleurs, il ne subsiste que les vestiges de deux filatures de soie, alors qu'il y en avait sept opérationnelles en 1912. Et sur les quelque 200 pressoirs de mélasse, un seul reste fonctionnel.
Œuvrant pour la conservation du patrimoine de Mtein, l'architecte Issam Salamé a fait paraître, en 1999, un album photographique portant sur l'architecture traditionnelle du village, dont «le domaine cadastral, selon la cartographie militaire, est l'un des plus grands du Liban», signale le président de la municipalité, Zuhair Bou Nader, soulignant qu'«il s'étend sur 65 millions de mètres carrés, ce qui représente le quart de la superficie du Metn-Nord».


 

 

 

 

 


 
 

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